Parallèles très inquiétants avec la crise que nous avons nous aussi traversée, en 2010…

Le cinéma que je programme s’appelle le Quai Dupleix, à Quimper, chef-lieu du Finistère. Il a deux écrans sur lesquels sont projetés un peu plus de 200 films art et essai, écrans labellisés recherche, patrimoine et jeune public. Il accueille chaque année plus de 50 000 spectateurs, dont près de 12 000 enfants. Par leur travail et leur identité, par leur statut aussi, ces deux salles quimpéroises sont très cousines du Concorde de La Roche-sur-Yon.

Aussi, dans cette abondante documentation présentée et par l’analyse qui est faite des déclarations politiques, opaques, à l’emporte-pièce, souvent contradictoires, je lis des parallèles très inquiétants avec la crise que nous avons nous aussi traversée, en 2010, et qui a bien failli causer la disparition d’un cinéma emblématique d’une certaine idée de la culture, riche, foisonnante, qui traverse toutes les générations, populaire et accessible. Et c’est bien un tel scénario que je redoute en observant ce qui se trame chez vous.

Bien sûr, les responsables politiques sont toujours tentés de saisir des arguments démagogiques pour parvenir à leurs fins, en comptables sérieux qu’ils se prétendent de l’argent public, mais c’est souvent pour mieux détruire une offre singulière et donc par essence fragile, et mettre à genoux des structures culturelles qui ont pourtant à coeur de défendre des missions publiques. C’est un calcul souvent à très court terme, car leur cité et les citoyens perdent beaucoup sur le long terme, et ces transformations en profondeur se révèlent souvent catastrophiques en terme de gestion et de finances.

Il serait utile qu’une bonne fois pour toutes, nos élus, quelle que soit leur couleur politique, prennent conscience que la diversité d’une offre cinématographique (secteur culturel soumis à très haute dose concurrentielle) n’est JAMAIS l’enjeu prioritaire des groupes ou circuits commerciaux, dont le strict objectif réside en la rentabilité la plus forte et la plus rapide de leurs investissements.

Le caractère culturel dont ces circuits se parent parfois n’est qu’un décor de façade destiné à capter dans un premier temps, l’attention et la bienveillance d’élus qui se laissent si facilement convaincre à partir du moment où ils y voient un intérêt purement économique, et par la suite, la manne de spectateurs cinéphiles qui va venir gonfler leurs recettes. Manne d’entrées générées par des spectateurs cinéphiles, que pour le coup, les circuits, en fins commerciaux, étrangement, ne considèrent pas comme anecdotique ou marginale…

Ce qui interpelle ici, comme dans d’autres et trop nombreuses situations similaires, c’est la condescendance, la défiance poussées dans le pire des cas, jusqu’au mépris des élus face à leurs acteurs culturels qui sont aussi des professionnels d’un cinéma indépendant, mais dont, en tant qu’élus, ils ignorent souvent tout du fonctionnement et des enjeux.

C’est gravissime, parce que profondément destructeur.

Je signe en tant que professionnelle du cinéma, que je suis devenue après des études de cinéma, que j’ai faites parce que j’aimais le cinéma.

Il est primordial que la France ne devienne pas un énième pays couvert de multiplexes, remplis de spectateurs qui viennent voir les mêmes gros films que partout ailleurs, en France et dans le reste du monde, sans même plus connaître la signification du mot « diversité » et sans plus aucun accès à des œuvres artistiques précieuses pour nos vies.

Un accès qui contribue aussi la richesse culturelle de la France.

Ne détruisez pas un morceau de cette richesse à la Roche-sur-Yon !

Solenn Rousseau
Directrice de l’association Gros Plan
Programmatrice du Quai Dupleix

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